L'Etang de Montady...
dans les archives

Première approche historique et cartographique du secteur aux Archives départementales de l’Hérault, présentée par Vivienne Miguet, directrice des archives départementales et Tierry Ruf de l’IRD.

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Thierry Ruf, de l'IRD présente un plan du 18e siècle montrant le secteur avec son parcellaire rayonnant

Des documents du XVIe siècle font état de plus de 200 parcelles. Une carte de Cassini représente le secteur de Montady comme un simple étang, avec d’autres lacs à proximité, dont celui de Capestan. Une carte du Canal du Midi, construit en 1666, fait apparaître une schématisation du secteur avec un parcellaire. Depuis 1884 il n’y pas eu de modification notoire. La zone est par ailleurs classée monument historique depuis 3 ans.

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documents présentés aux congressistes par Vivienne Miguet, directrice des Archives départementales de l'Hérault, et Thierry Ruf



... sur le terrain

L’histoire de ce lieu nous a été dévoilée plus en détails par Pierre Gondard et Jean-Loup Abbé, lors de la visite sur le terrain, organisée le 25 juin 2013 dans le cadre du 8e colloque de l’IWHA à Montpellier.

Nous somme en présence d’un paysage sous climat méditerranéen : excès d’eau lors des précipitations d’automne principalement (l’étang est souvent inondé malgré une structure de drainage qui existe depuis le XIIIe siècle) et déficit hydrique très important en été (pluviométrie de 550 mm /an et température régulièrement supérieure à 30°C) Deux contraintes qui demandent à la fois drainage et irrigation.

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vue de l'étang de Montady avec son parcellaire spécifique

une histoire agricole

Les documents d’archives font remonter le drainage au XIIIe siècle avec une charte signée en 1249. Le principe du drainage est relativement simple : des canaux radiants convergent vers un canal circulaire et drainent l’eau vers le centre (1 m de dénivelé entre l’extérieur et le centre de l’étang. Au centre de l’émissaire, l’eau du canal circulaire est recueillie pour être amener de l’autre côté de la colline par une galerie souterraine de 1,6 km le long.

L’irrigation quant à elle débute au XIXe siècle. En1870-1880, l’ensemble du vignoble français est détruit par phylloxera. À l’époque la seule lutte possible contre cette maladie était l’inondation des ceps pendant une période relativement longue. À partir de cette date le terrain va être voué à la viticulture avec une inondation des parcelles à partir de la réserve d’eau constituée par le canal du Midi. Le phylloxera est venu d’Amérique, et la solution finale viendra également d’Amérique, avec l’importation de plants résistants au phylloxera sur les racines desquels seront greffées les souches françaises. Le principe de l’inondation continuera malgré tout à perdurer afin de lessiver les sols des remontées de sel du à la présence de gypse. La seconde grande période pour l’irrigation date des années 1960 avec l’eau du Rhône et des rivières qui viennent du Massif Central. Il s’agit alors d’irrigation sous pression. À partir de ce moment là, on assiste à une modification de l’utilisation du sol : la vigne est abandonnée pour laisser la place à d’autres cultures, plus adaptées au terroir.

une histoire géologique

Pourquoi une cuvette à cette endroit ? Pour répondre à cette question, il faut remonter aux périodes glaciaires. Il y a 5 millions d’années des vallées se creusent, et se remplissent de sédiments 1 million d’année plus tard. Il y a 2 millions d’années d’autres vallées se creusent entre les premières. Entre 250 000 et 20 000 avant notre ère, ces vallées vont progressivement apparaître dans le relief alors que le reste du terrain va se creuser, il y a inversion de relief.

une histoire de passages

Il est intéressant de replacer ce secteur dans une vision plus globale. La frange méditerranéenne très étroite (50 km de large maximum entre le bord du Massif Central et la Méditerranée), la région est donc un lieu de passage très important.

Nous nous trouvons également sur un site archéologique important : les premières traces d’occupation humaine de la colline remontent au 6-7 siècle av JC. Selon les archéologues, plusieurs habitats vont se succéder.



... et entre les mains de chercheurs

Jean-Loup Abbé, chercheur au CNRS a travaillé pendant 7 ans sur le site de Montady. Ce sont des recherches très récentes ; il y a une dizaine d'années, on ne connaissait presque rien de ce site.

Pour lui, la question de départ était de comprendre ce paysage, comment il s’est formé, comment il est arrivé jusqu’à ce qu’il est aujourd’hui. Il s’agissait donc d’étudier les relations entre les sociétés qui vivaient autour de cet espace. D’où la nécessité de ne pas se focaliser sur le moment où l’étang a été asséché, et la nécessité de ne pas travailler avec une seule catégorie de spécialistes. Le programme, soutenu par le ministère de la culture et les différentes collectivités régionales et locales, a associé des chercheurs de spécialités complémentaires :

  • géomorphologues, pour une histoire géologique sur un temps long ;
  • paléo-environnement, pour comprendre comment la cuvette s’est remplie ;
  • historiens, pour l’étude des sources écrites ;
  • spécialistes de la société, du développement, de l’économie, pour comprendre comment la société gère ce développement…


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Jean-Loup Abbé, du CNRS, et Thierry Ruf entourés des congressistes à la sortie de la galerie drainante de l'étang de Montady

Pour Jean-Loup Abbé, les résultats de ces études amènent à trois constatations :

- La mise en valeur de cet espace n’a pas attendu le 13e siècle. L’oppidum d’Ensérune est occupé vers le 6-7e av JC. Dans l’étang, le milieu change : les espèces sauvages font place à des espèces cultivées. Le paysage de roue que nous voyons au 13e siècle n’est pas la première tentative de drainage : quelques fossés datant du début de l’ère chrétienne ont été découverts. Le village d’Ensérune qui était en haut de la colline au début de l’ère chrétienne s’est étendu, de nouveaux quartiers existent au bas de la commune, au bord de l’étang. - Pourquoi drainer ? Suivant les époques l’activité dans la cuvette est très différente. Au 13e siècle c’est pour faire des blés, il s’agit d’une opération agricole à caractère spéculatif. Le drainage n’est pas le fait des paysans, ni des seigneurs ruraux. Ce sont des bourgeois de Béziers qui ont apporté les capitaux. Les terres étaient exploitées par les seigneurs comme pâturages communs et ne procuraient pas de revenus. Les terres asséchées sont au contraire cultivées par des paysans qui vont payer des rentes aux propriétaires. Plus tard tout l’espace est transformé en pâturages, plus tard encore les céréales deviennent de nouveau importantes. À la fin du 19e toute la cuvette devient viticole… Il n’y a pas de déterminisme de la culture, c’est le contexte de l’époque qui pousse les sociétés à faire des choix. À titre de comparaison, le lac de Capestan, à côté, n’a jamais été asséché car il produisait du sel.

- Enfin, en tant qu’historien il paraît naturel de s’intéresser au long terme. Thierry Ruf a proposé une approche différente, spatiale : ne pas considérer cet étang comme quelque chose d’extraordinaire mais comme quelque chose qui, ailleurs, a trouvé des correspondances.



Montady, c'est aussi une histoire d'aujourd'hui

La rencontre avec M. Dominique Mansion, président de l’ASA de l’étang de Montady a permis d’aborder la réalité du 21e siècle.

L’ASA gère uniquement le drainage du périmètre, elle a la charge des principaux fossés d’écoulement et l’entretien du tunnel.

Elle existe depuis 1248, date de création de la galerie. Mais déjà auparavant, dans une charte, l’évêque confiait à 3 ou 4 propriétaires la charge d’assécher l’étang et de gérer le parcellaire. « C’est l’intérêt commun qui fait que l’association a survécu et existe encore. »

Le périmètre de l’ASA est actuellement réparti entre 70 propriétaires (il reste environ 10 exploitants agricoles sur Montady, un peu moins sur Colombiers) ; 5 d’entre eux possèdent les ¾ de la surface.

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présentation de l'histoire de l'ASA de l'étang de Montady et de son fonctionnement actuel par Dominique Mansion, président de l'ASA

Depuis une trentaine d’année l’ASA doit faire face à des phénomènes inondation de plus en plus fréquents. Le bassin versant, de 2000 ha, a été très urbanisé dans les 25 à 30 dernières années, ce qui amène beaucoup d’eau La principale préoccupation est donc de se prémunir contre les eaux qui circulent artificiellement du fait l’imperméabilisation des sols.

L’évacuation des ces eaux posent certains problèmes : la galerie historique de 1,3 km de long, n’est pas, selon M. Mansion, dimensionnée pour faire face à de tels volumes. Or, le tunnel étant classé, il est impossible de le modifier.

La fourniture de l’eau nécessaire à l’irrigation est, quant à elle, assurée par la compagnie du Bas-Rhône-Languedoc, depuis la dissolution de l’ASA du canal de Malpas en 2000.