Il parcourait environ 8 kilomètres, entre le torrent de l'Eysallette et le hameau de la Charamaille, pour un dénivelé de près de 260 mètres.

Ce dénivelé qui représente une pente moyenne d'un peu plus de 3% est particulièrement important pour un canal d'irrigation.

La plus grande pente était comprise entre la Combe des Terres Noires et la Charamaille (environ 140 mètres, soit une pente de près de 9 %) et sur le reste du tracé, le canal emprunte par moment le lit de torrents qui explique ces chiffres.

Ce secteur de la commune était alimenté par deux autres canaux d'importance :

  • le Canal Soubiéran (bas) qui croisait le Canal des Muandes entre le torrent de Corrières et le torrent de Gaudissart ;
  • le Canal de Soubiéran (haut) dont l'actuelle "Grande Rocade" suit approximativement le tracé.


L'ancien tracé du Canal des Muandes coupe la "Grande Rocade"...

C'est approximativement à cette intersection que nous arrêterons les véhicules pour partir à la découverte du canal, depuis la prise d'eau jusqu'à  la Combe de l'Homme Mort, soit dans sa presque totalité.

Nous longeons le tracé du canal en empruntant le sentier de randonnée qui rejoint la station des Orres sur un peu plus d'un kilomètre pour trouver l'endroit où se situait la prise d'eau du canal sur le torrent de l'Eysallette.

Située à une altitude d'environ 1530 m, cette prise a totalement disparu à l'heure actuelle.

Nous reviendrons sur nos pas, mais cette fois en suivant le lit du canal. Ce petit tronçon, bien qu'encombré par endroits est parfaitement repérable.

Il comporte un passage busé ainsi que deux petites portions en galeries empierrées qui permettaient à l'eau de suivre sa course en passant sous des torrents ou cours d'eau, notamment un autre canal d'arrosage qui, prenant de la source de Jérusalem, se jetait dans l'Eysallette après un circuit d'environ 2,5 km.

Coupant la Grande Rocade, et après avoir jeté un regard rapide sur l'ancien Canal Soubiéran (bas) sur notre gauche, nous continuons à travers champs et bois. Une succession de passages à ciel ouvert et busés nous amène à l'endroit ou le canal croise le torrent de Corrières : il subsiste encore quelques planches de bois qui évitaient aux eaux de se mêler.

Quelques centaines de mètres plus loin, c'est un reste de bâche métallique qui témoigne de l'ancien croisement entre les canaux des Muandes et Soubiéran.

Jean-Pierre Roux estime que le débit du canal à cet endroit devait être de l'ordre de 50 l/s.

Les tronçons à ciel ouvert sont plus ou moins praticables, du fait de la végétation...

De gros blocs de rocher s'imposent parfois sur le tracé même du canal, qui laissent à penser sur ce que devait étre le travail du prayer qui avait à surveiller les 8 kilomètres de canaux, notamment les jours d'orage pour éviter les embâcles et la détérioration non seulement du canal lui-même, mais également des terres avoisinantes.

A la faveur d'une éclaircie dans la forêt nous avons une superbe vue sur la vallée du Torrent des Vachères et les Sallettes.

Nous rencontrerons encore quelques portions busées, mais pour l'essentiel, le canal est à ciel ouvert, de largeur et profondeur parfois très différentes suivant les secteurs.

Jean-Pierre Roux et Pierre Bellot nous expliquent comment les anciens arrosants se retrouvaient régulièrement pour entretenir le canal, le recreuser tous les ans, notamment dans un secteur ou les berges atteignent 1,50 m de haut, voire davantage.

Ailleurs, c'est une faille dans le terrain qui nous oblige à nous interroger sur les possibilités de pallier les infiltrations qui ne peuvent qu'avoir lieu dans ce genre de cas.

Arrivé à la Combe des Terres Noires, le canal s'interrompt : tout un tronçon a été emporté en 1975 lors d'un glissement de terrain. Ce sont 50 mètres linéaires qui se sont ainsi effondrés, signant par là  même la fin (provisoire ?) de l'utilisation du canal.

Des études ont été faites récemment, notamment par l'ARDEPI, pour étudier la possibilité de buser le canal à cet endroit dans l'hypothèse d'une remise en eau : un travail énorme, du fait de l'instabilité du terrain, car rien ne dit que la combe ne s'élargira pas encore dans les années à venir.

Après avoir profité de la vue sur Baratier, nous contournons l'obstacle par en haut pour retrouver le canal dans le secteur du champ de l'Oreille (là  encore très beau panorama sur Baratier et les environs).

Nous abandonnerons enfin le tracé principal du canal en rejoignant Champ Rambaud par la Combe de l'Homme Mort. Cependant, sur le plateau qui domine Serre-Ponçon, le terrain porte encore les traces de rigoles qui portaient l'eau provenant de canaux d'arrosage jusqu'auprès des habitations.

Devenir du Canal des Muandes...

Le Canal des Muandes ne fonctionne plus, nous l'avons dit, mais certains espèrent pouvoir le remettre en eau : la commune de Baratier est confrontée à un fort déficit en eau et la remise en fonctionnement du canal pourrait permettre dans une moindre mesure d'y remédier.

Reste à trouver sur la trentaine de propriétaires concernés par le canal, c'est-à-dire dont les terres sont situées dans le périmètre desservis, suffisamment d'intéressés pour aller dans le sens d'un tel projet.

Selon l'ordonnance du 2 juillet 2004 et le décret d'application du 3 mai dernier, il est vital pour la commission syndicale de relancer le fonctionnement de l'ASA sous peine de perte totale des droits d'eau qui lui on été concédés dans les siècles passés.

De même il sera nécessaire d'obtenir suffisamment de suffrages positifs pour entamer les travaux lourds et coûteux que nécessite l'état actuel du canal (nettoyage du terrain, redressement du tracé, busage pour limiter les pertes, franchissement aérien des sections effondrées).

Au-delà  de l'usage agricole qui est sa vocation première, le canal peut servir aussi de support à un sentier de randonnée, voire de découverte avec informations à la clé, sous réserve d'aménagements permettant de concilier aspect touristique et outils de travail pour le milieu agricole.

Petit historique

Jean-Pierre Roux et Pierre Bellot estiment que la toute première date de création du canal remonte à 1548, ce qui n'est pas improbable, d'autres canaux dans l'Embrunais existaient déjà à cette époque.

Des recherches effectuées dans la section réservée aux canaux aux Archives départementales ne nous ont pas permis de confirmer celle-ci : les documents anciens y sont peu nombreux. D'autres recherches, dans d'autres sections nous permettront peut-être d'en savoir plus.

Le 15 mai 1832, suite à divers dysfonctionnements, les arrosants instaurent un règlement qui institue le principe d'un syndic directeur, détermine les modalités d'entretien du canal, les tours d'arrosage, les droits d'eau...

Le 30 juillet 1904, l'ASL est convertie en ASA. Le périmètre desservi par le Canal des Muandes est de presque 54 hectares, pour 44 propriétaires.

Le dossier ne comporte malheureusement pas le parcellaire qui était associé à la demande.

D'anciens rôles permettent de suivre l'évolution du nombre d'adhérents :

1857 : 39 cotisants

1867 : 42 cotisants

1937 : 17 adhérents

1938 : 16 adérents

Compte-rendu écrit par Brigitte Lebioda et Pascal Dusserre

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