Des rôles multiples et évoluant au fil du temps...

Aux rôles premiers et historiques (irrigation, sécurisation des zones à risques, stockage temporaire des masses d'eau) se sont greffés au fil du temps, l'usage de la force motrice (puis la production d'électricité), l'alimentation en eau potable des populations.

Puis, dans les années 1980, les notions de cadre de vie, les considérations environnementales, leur attribuent d'autres fonctions. Le statut "d'outils de travail" du quotidien a laissé place, dans l'esprit d'une grande partie de la population "non agricole", à celui d'ouvrages liés aux loisirs, au développement touristique.

Il s'est établit une véritable distanciation entre l'outil de base, ses externalités propres (qu'elles soient positives ou négatives) et celles qui lui sont attribuées qui relèvent d'une approche complexe et multifonctionnelle.

Bien des acteurs locaux ont perdu de vue depuis longtemps les enjeux et les contraintes liés aux canaux d'irrigation...

La question de la gestion de la ressource en eau, primordiale dans bien des secteurs, a fait naître des rivalités au sein des sphères professionnelles qui se méconnaissent et au-delà, dans la société civile dans son ensemble (milieu agricole, sociétés de distribution, associations d'éducation à l'environnement et de protection de l'environnement, milieux sportifs et de loisirs, élus locaux, techniciens).

Dans le département haut-alpin, sur 18 000 hectares irrigables, 13 000 le sont réellement, dont 10 000 par des ASA (Association Syndicale Autorisée).

Sur les 535 canaux encore en fonctionnement en 1935, près des 2/3 ne sont plus en service du fait de la déprise agricole, des charges d'entretien, ou de la difficulté© d'approvisionnement en eau pour certains.

Les structures gestionnaires (ASA, ASL - Association Syndicale Libre, ou gestion privée) des canaux encore en service sont confrontées aux exigences des pouvoirs publics (contrôle des eaux, subventions, débit réservé), à la spécialisation des exploitations agricoles (effet du marché), aux extensions urbaines ou périurbaines (qui entrainent d'autres attentes de la part des utilisateurs) et à la déprise agricole dans certains secteurs, qui rendent encore plus difficiles la cohabitation et la conciliation.

On constate cependant que dans certains secteurs, face à la raréfaction de la ressource et aux coûts induits, et poussé à réagir rapidement par l'ordonnance de 2004, le milieu agricole travaille à la remise en eau de certains canaux abandonnés par le passé et à la réactivation de la vie syndicale des associations.